Le Mouvement des Gilets Jaunes

Histoire du Mouvement des Gilets jaunes

Dossier Chronologique Complet sur le mouvement des Gilets jaunes : avant le 17 novembre 2018 dans les médias, chronologie des actes retrouvables dans la presse jusqu’aux derniers actes numérotés largement repérables avant l’interruption liée au Covid, mobilisations par villes, principaux événements, répression policière, critique du traitement médiatique, section « Les Gilets jaunes sont toujours là », communiqué militant et annexe de sources.


Méthode, périmètre et prudence sur les chiffres⌄

Comment lire ce dossier

Ce dossier croise des sources de natures très différentes : archives de presse nationale, presse locale, rapport parlementaire, institutions de défense des droits, travaux critiques sur les médias, et ressources issues de la mémoire du mouvement. Les chiffres des manifestations sont disputés depuis l’origine. Ils varient selon le ministère de l’Intérieur, les préfectures, le collectif Le Nombre jaune, certains syndicats policiers ou les collectifs locaux.

Pour les actes tardifs, surtout à partir de l’été 2019, les convergences avec d’autres mobilisations rendent les comptages plus incertains. C’est pourquoi ce dossier distingue toujours, quand c’est utile, ce qui relève d’un chiffre officiel, d’un chiffre militant, d’un comptage imprécis ou d’une simple présence attestée dans la presse.

Point de borne retenu : la dernière séquence numérotée largement repérable dans les archives de presse consultées avant la rupture du cycle hebdomadaire par la crise sanitaire est l’acte 70 du 14 mars 2020. Des survivances, commémorations et reprises ponctuelles existent ensuite, mais le rythme historique des actes change nettement.
Avant le 17 novembre 2018 : les semaines précédentes dans les médias⌄

Une colère qui monte avant l’explosion nationale

Le mouvement ne jaillit pas de nulle part le 17 novembre. Au fil de 2018, plusieurs signaux faibles s’agrègent : contestation du 80 km/h, hausse du coût de la vie, carburants plus chers, sentiment d’abandon des territoires périurbains et ruraux, fermeture de services publics, et défiance croissante envers les représentants politiques.

Repères chronologiques avant l’acte I

  • 29 mai 2018 : Priscillia Ludosky lance une pétition sur les prix du carburant, qui devient rapidement un point de ralliement numérique.
  • 10 octobre 2018 : Éric Drouet et Bruno Lefèvre relaient sur Facebook l’idée d’un blocage national le 17 novembre.
  • Fin octobre – début novembre : vidéos virales, groupes Facebook locaux, appels aux barrages filtrants, cartes de ronds-points, opérations escargot et péages gratuits.
  • 9 au 15 novembre 2018 : les médias nationaux parlent de plus en plus d’un blocage annoncé ; certains articles oscillent entre curiosité sociologique, inquiétude sécuritaire et minimisation.
  • 15 novembre 2018 : des opérations péage gratuit sont déjà signalées, notamment vers Pau ; des blocages symboliques ont lieu dans l’Eure.

Les premières semaines médiatiques sont marquées par une interrogation : s’agit-il d’une simple fronde anti-taxation ou d’un mouvement social d’ampleur ? La presse comprend vite que la dynamique n’est ni syndicale ni partisane au sens classique, qu’elle naît en ligne, qu’elle se territorialise dans les ronds-points, et qu’elle s’appuie sur un symbole immédiatement disponible : le gilet de sécurité présent dans chaque voiture.

Fait marquant : très tôt, la couverture médiatique s’organise autour d’un double récit contradictoire : d’un côté la « France périphérique » en colère, de l’autre le risque de chaos, de récupération ou de débordements. Cette tension traversera toute l’histoire du mouvement.
Tableau général des actes et des comptages retrouvés⌄

Vue d’ensemble

PériodeActesTendanceRepères de comptage retrouvésObservations
17 nov. 2018 → 19 janv. 20191 à 10Phase fondatriceDe 287 700 à 84 000 selon le ministère selon les samedisRonds-points, péages, bascule vers Paris, extension des revendications, répression croissante.
26 janv. 2019 → 23 mars 201911 à 19Persistance hauteDe 69 000 à 40 500Commercy, Assemblées des assemblées, RIC, débats sur stratégie, acte XVIII très marquant.
30 mars 2019 → 29 juin 201920 à 33Érosion mais ancrageDe 33 700 à 5 800Moins massif nationalement, mais bastions locaux encore actifs.
6 juil. 2019 → 9 nov. 201934 à 52Cycle diffusNombreux « NC » ; 7 000 signalés pour l’acte 43Été et rentrée : convergences, anniversaire approchant, difficultés de comptage.
16 nov. 2019 → 8 fév. 202053 à 65Relance partielleActe 53 : 28 700 (Int.) / 62 000 (Le Nombre jaune), acte 56 : 23 500 / 63 200Anniversaire, convergence avec la lutte contre la réforme des retraites.
15 fév. 2020 → 14 mars 202066 à 70Dernier cycle numéroté repérableComptages fragmentaires selon villes et médiasRennes, Lille, Lyon, Toulouse, Paris, Marseille, Rouen ; interruption du cycle par la crise sanitaire.

Les chiffres officiels des actes 1 à 65 repris ici correspondent aux tableaux synthétiques disponibles dans les archives consultées. À partir de l’été 2019, plusieurs actes ne disposent plus d’un comptage stabilisé ou comparable.

Les dix premiers actes : chronologie détaillée, ville par ville⌄

Le cœur incandescent du mouvement

Les dix premiers actes constituent la matrice politique, sociale et symbolique du cycle Gilets jaunes. On y voit naître les ronds-points, l’occupation nationale de l’espace routier, la centralité progressive de Paris, la montée des revendications démocratiques, puis la cristallisation de la question des violences policières.

Acte I — 17 novembre 2018

  • Comptage officiel : environ 287 700 participants et près de 3 000 points d’action recensés.
  • Paris : Porte Maillot, périphérique, Champs-Élysées, Concorde ; la capitale n’est pas encore l’épicentre mais devient la vitrine médiatique.
  • Province : Belfort, Vesoul, Mont-de-Marsan, Toulouse, Bordeaux, Marseille, Lyon, Lille, Rouen, Caen, Nantes, Rennes et des centaines de villes petites ou moyennes.
  • Faits marquants : blocages routiers massifs, barrages filtrants, péages gratuits, une femme tuée en Savoie, plus de 400 blessés selon le ministère.

Acte II — 24 novembre 2018

  • Comptage officiel : autour de 166 000.
  • Paris : affrontements sur les Champs-Élysées ; canons à eau, gaz, images spectaculaires diffusées en boucle.
  • Toulouse / Bordeaux / Marseille / Lyon : manifestations importantes, blocages et premiers foyers urbains durables.
  • La Réunion : couvre-feu dans plusieurs communes, signe de l’extension nationale du phénomène.

Acte III — 1er décembre 2018

  • Comptage officiel : 136 000.
  • Paris : Arc de triomphe dégradé, barricades, voitures brûlées, forte charge symbolique ; la crise devient internationale.
  • Toulouse, Marseille, Bordeaux, Lyon, Strasbourg, Le Puy-en-Velay : fortes tensions, dégradations, heurts, centre-villes marqués.
  • Effet politique : le pouvoir comprend qu’il ne s’agit plus d’une simple contestation fiscale.

Acte IV — 8 décembre 2018

  • Comptage officiel : 136 000.
  • Paris : dispositif policier massif, contrôles préventifs, interpellations nombreuses.
  • Bordeaux : heurts majeurs ; la ville devient un des symboles de la violence du maintien de l’ordre en province.
  • Toulouse : un des bastions les plus combatifs ; centre-ville régulièrement sous gaz.
  • Marseille, Nantes, Rouen, Saint-Étienne : tensions et affrontements en centre-ville.

Acte V — 15 décembre 2018

  • Comptage officiel : 66 000.
  • Contexte : après les annonces télévisées d’Emmanuel Macron du 10 décembre, la mobilisation baisse mais ne disparaît pas.
  • Villes visibles : Paris, Toulouse, Bordeaux, Marseille, Montpellier, Nantes.
  • Évolution : les revendications se structurent davantage autour du pouvoir d’achat, du RIC et de la justice fiscale.

Acte VI — 22 décembre 2018

  • Comptage officiel : 38 600.
  • Formes d’action : manifestations plus modestes, présence continue sur certains ronds-points, opérations symboliques et locales.
  • Villes : Paris, Toulouse, Bordeaux, Nantes, Lille, Marseille restent régulièrement citées.

Acte VII — 29 décembre 2018

  • Comptage officiel : 32 000.
  • Faits : creux de fin d’année, mais la mobilisation tient ; preuve que le mouvement ne s’éteint pas avec les fêtes.
  • Territoires : Paris, Rouen, Nantes, Lille, Toulouse, Bordeaux apparaissent encore dans les bilans de presse.

Acte VIII — 5 janvier 2019

  • Comptage officiel : 50 000.
  • Rebond : le mouvement repart à la hausse dès la rentrée.
  • Paris : forte tension autour de l’Assemblée et du ministère ; attaque du ministère de Benjamin Griveaux au chariot élévateur.
  • Villes : Bordeaux, Toulouse, Bourges, Rouen, Caen, Perpignan, Montpellier restent actives.

Acte IX — 12 janvier 2019

  • Comptage officiel : 84 000.
  • Paris : environ 8 000 selon le ministère, eau et gaz autour de l’Arc de triomphe.
  • Bourges : ville emblématique de l’acte IX, choisie comme point de convergence national par plusieurs groupes.
  • Toulouse, Bordeaux, Rouen, Marseille : mobilisation forte et ancrée.

Acte X — 19 janvier 2019

  • Comptage officiel : 84 000.
  • Thèmes : violences policières, « grand débat » jugé verrouillé, persistance d’une colère intacte.
  • Paris, Toulouse, Bordeaux, Montpellier, Marseille, Lyon : les centres urbains les plus cités restent les mêmes, signe d’une géographie stabilisée du mouvement.
ActeDateComptage officiel retrouvéVilles fréquemment citéesÉvénement clé
I17 nov. 2018287 700Paris, Belfort, Vesoul, Mont-de-Marsan, Toulouse, Bordeaux, MarseilleDépart national, ronds-points et barrages filtrants.
II24 nov. 2018166 000Paris, Toulouse, Bordeaux, Marseille, LyonParis devient le théâtre central.
III1er déc. 2018136 000Paris, Toulouse, Marseille, Bordeaux, Le Puy-en-VelayArc de triomphe dégradé, crise politique majeure.
IV8 déc. 2018136 000Paris, Bordeaux, Toulouse, Nantes, RouenMilitarisation du maintien de l’ordre.
V15 déc. 201866 000Paris, Toulouse, Bordeaux, MontpellierBaisse après les annonces Macron, mais persistance.
VI22 déc. 201838 600Paris, Toulouse, Nantes, LilleMaintien durant les fêtes.
VII29 déc. 201832 000Paris, Rouen, Toulouse, BordeauxCreux relatif, mouvement toujours vivant.
VIII5 janv. 201950 000Paris, Bordeaux, Toulouse, Caen, PerpignanRebond de rentrée.
IX12 janv. 201984 000Bourges, Paris, Toulouse, Bordeaux, RouenConvergence nationale à Bourges.
X19 janv. 201984 000Paris, Toulouse, Bordeaux, Montpellier, MarseilleCentralité du thème des violences policières.
Actes 11 à 17 : structuration, RIC, Commercy, persistance nationale⌄

Du samedi de rue à la tentative d’auto-organisation

Du 26 janvier au 9 mars 2019, les actes 11 à 17 montrent un mouvement moins explosif que décembre, mais encore massif à l’échelle nationale. Les comptages officiels retrouvés vont de 69 000 à 28 600. La dynamique se déplace : moins de surprise, plus d’endurance, plus d’assemblées locales, plus de débats sur le RIC, la représentation, la stratégie et les convergences.

  • Acte 11 — 26 janvier 2019 : 69 000 officiels ; première Assemblée des assemblées à Commercy, moment-clé de réflexion collective.
  • Acte 12 — 2 février 2019 : 58 600 ; Marseille est souvent mise en avant dans les archives photographiques et reportages.
  • Acte 13 — 9 février 2019 : 51 400 ; forte présence à Paris, Toulouse, Bordeaux, Montpellier, Rouen.
  • Acte 14 — 16 février 2019 : 41 500 ; la décrue est réelle, mais les bastions restent visibles.
  • Acte 15 — 23 février 2019 : 46 600 ; légère remontée.
  • Acte 16 — 2 mars 2019 : 39 300 ; les villes bastions tiennent.
  • Acte 17 — 9 mars 2019 : 28 600 ; le mouvement prépare une nouvelle montée pour l’acte XVIII.

Sur le terrain, Toulouse, Bordeaux, Montpellier, Marseille, Paris, Rouen et Saint-Nazaire restent parmi les villes les plus régulièrement citées. Commercy devient, elle, un lieu hautement symbolique de l’intelligence politique du mouvement.

Actes 18 à 24 : regain spectaculaire, puis érosion sous forte pression⌄

Le pic de mars 2019 et ses suites

  • Acte 18 — 16 mars 2019 : 32 300 officiels ; énorme séquence parisienne, Champs-Élysées, Fouquet’s, banques et commerces dégradés ; tournant sécuritaire au sommet de l’État.
  • Acte 19 — 23 mars : 40 500 ; après le choc de l’acte 18, le mouvement reste numériquement élevé.
  • Acte 20 — 30 mars : 33 700 ; maintien des bastions.
  • Acte 21 — 6 avril : 22 300 ; décrue nette.
  • Acte 22 — 13 avril : 31 000 ; remontée ponctuelle.
  • Acte 23 — 20 avril : 27 900 ; tension vive à Paris ; débats sur la violence, les nasses, la stratégie policière.
  • Acte 24 — 27 avril : 23 600 ; mouvement plus fragmenté mais toujours national.

Les villes fréquemment mises en avant par la presse restent Paris, Toulouse, Bordeaux, Montpellier, Marseille, Nantes et Lyon. À ce stade, l’enjeu n’est plus de savoir si le mouvement existe, mais comment il se transforme sous la fatigue, la répression et la baisse des effectifs.

Actes 25 à 33 : le mouvement baisse, mais ses bastions restent vifs⌄

Mai – juin 2019

Les chiffres officiels passent de 18 900 à 5 800. C’est une érosion nette, mais pas une disparition. Les samedis sont moins massifs, cependant la mémoire militante, les réseaux locaux, les blessés, les assemblées et les convergences continuent de nourrir la conflictualité.

  • Actes 25 à 28 : de 18 900 à 12 500 ; maintien à Toulouse, Bordeaux, Montpellier, Paris, Marseille.
  • Actes 29 à 33 : de 9 500 à 5 800 ; formes plus locales, plus modestes, mais encore présentes.
  • Trait marquant : le mouvement quitte le centre de l’attention continue des chaînes d’info mais subsiste dans les territoires et dans la presse locale.

Les bastions de province comptent désormais autant que Paris pour comprendre la réalité du mouvement. Dans plusieurs villes, les samedis deviennent moins des démonstrations de masse qu’un rituel politique tenace.

Actes 34 à 52 : été 2019, rentrée, convergences et premier anniversaire⌄

Un mouvement moins comptable, plus diffus

De juillet à novembre 2019, beaucoup d’actes ne disposent plus de comptage national stabilisé. Cela ne signifie pas l’absence de mobilisations. La presse et les archives du mouvement montrent au contraire des présences persistantes, mais plus éclatées, souvent en convergence avec d’autres causes.

  • Actes 34 à 42 : été 2019, nombreux « NC » dans les tableaux ; le mouvement se disperse, mais n’est pas dissous.
  • Acte 43 — 7 septembre 2019 : 7 000 officiels retrouvés.
  • Actes 44 à 52 : rentrée 2019, nouvelles convergences, présence dans plusieurs villes ; Marseille est citée pour l’acte 52 autour d’une mobilisation contre le mal-logement co-organisée avec des GJ.
  • Acte 53 — 16 novembre 2019 : premier anniversaire ; forte charge symbolique, tensions à Paris place d’Italie, manifestations à Montpellier et ailleurs.

Cette phase est essentielle pour comprendre la phrase souvent répétée par les Gilets jaunes : le mouvement ne disparaît pas, il change d’allure. Ce qui baisse en centralité télévisuelle ne s’efface pas forcément dans les réseaux militants.

Actes 53 à 65 : anniversaire, réforme des retraites, relance partielle⌄

Hiver 2019-2020

À partir de novembre 2019, le cycle connaît une relance relative. L’anniversaire du mouvement, puis la convergence avec la mobilisation contre la réforme des retraites, redonnent visibilité et volume à plusieurs actes.

  • Acte 53 — 16 novembre 2019 : 28 700 officiels / 62 000 selon Le Nombre jaune ; fortes tensions à Paris ; voix GJ dénonçant à nouveau la répression.
  • Acte 54 — 23 novembre : la presse signale des actions à Paris et sur les ronds-points ; mobilisation non massive mais durable.
  • Acte 55 — 30 novembre : présence maintenue dans plusieurs villes.
  • Acte 56 — 7 décembre : convergence avec la lutte contre la réforme des retraites ; 23 500 officiels / 63 200 selon Le Nombre jaune.
  • Acte 57 — 14 décembre : 21 400 selon Le Nombre jaune.
  • Acte 58 — 21 décembre : 14 800 selon Le Nombre jaune.
  • Acte 59 — 28 décembre : 45 000 selon Le Nombre jaune.
  • Acte 60 — 4 janvier 2020 : presse retrouvée à Besançon, Montpellier, Paris, Marseille ; le mouvement continue « coûte que coûte ».
  • Acte 61 — 11 janvier : convergence retraites, comptage militant très élevé mêlant les deux séquences.
  • Acte 62 — 18 janvier : 36 800 selon Le Nombre jaune.
  • Acte 63 — 25 janvier : 16 500 selon Le Nombre jaune.
  • Acte 64 — 1er février : 23 500 selon Le Nombre jaune.
  • Acte 65 — 8 février : 17 900 selon Le Nombre jaune.

Dans cette séquence, la presse locale et indépendante continue de documenter des foyers à Besançon, Montpellier, Marseille, Paris, Toulouse, Bordeaux, Rennes et Lille. La France jaune n’a plus la même masse qu’en 2018, mais elle a encore des jambes, des visages et des rendez-vous.

Actes 66 à 70 : derniers actes numérotés largement repérables avant la rupture Covid⌄

Février – mars 2020

Cette séquence terminale du cycle historique des actes numérotés est moins bien comptée nationalement, mais très présente dans la presse locale, les archives militantes, les reportages photographiques et plusieurs médias indépendants.

  • Acte 66 — 15 février 2020 : actions signalées à Paris, Rennes, Bordeaux, Toulouse, Metz. Des heurts à Rennes sont relatés par la presse nationale.
  • Acte 67 — 22 février 2020 : traces retrouvées à Lille, Lons-le-Saunier, Grenoble, Paris, Saint-Brieuc, Toulouse. La géographie est réduite mais toujours réelle.
  • Acte 68 — 29 février 2020 : archives retrouvées à Paris, Toulouse, Bagnères-de-Bigorre, et une affaire de violences policières documentée à Rouen.
  • Acte 69 — 7 mars 2020 : forte tension à Lyon, blessés nombreux selon plusieurs enquêtes locales ; signalements aussi à Toulouse.
  • Acte 70 — 14 mars 2020 : manifestations à Paris, Marseille, Toulouse malgré les restrictions sanitaires naissantes ; ce samedi constitue dans les archives consultées le dernier grand repère numéroté avant l’arrêt du cycle historique.
Lecture politique : même réduits en nombre, ces derniers actes montrent une capacité de persistance rare. Le mouvement n’est plus une vague montante, mais une braise collective capable de tenir dans la durée, y compris au moment où l’espace public bascule vers la séquence pandémique.
Revendications : pouvoir d’achat, justice fiscale, démocratie ⌄

Un noyau de revendications revenant sans cesse

Le mouvement n’a jamais produit un programme unique, figé et stabilisé par une direction centrale. Mais un noyau de revendications est revenu sans cesse :

  • hausse du pouvoir d’achat ;
  • augmentation du SMIC, des retraites et des minima sociaux ;
  • justice fiscale et rétablissement d’un impôt sur la fortune ;
  • fin du mépris social ;
  • maintien et retour des services publics de proximité ;
  • référendum d’initiative citoyenne ;
  • davantage de contrôle populaire sur les élus ;
  • lutte contre les inégalités territoriales et sociales.

Le grand apport des Gilets jaunes a été de relier des sujets souvent séparés : fiscalité, dignité, démocratie, territoire, travail, mobilité, justice sociale.

Actions menées et formes d’organisation ⌄

Un répertoire d’action très large

  • blocages de routes, ronds-points et échangeurs ;
  • opérations péage gratuit ;
  • manifestations hebdomadaires numérotées ;
  • occupations de places, de centres-villes et de lieux de pouvoir ;
  • cabanes, cantines populaires, veilles et tours de garde ;
  • tractage, banderoles, prises de parole et assemblées locales ;
  • convergences ponctuelles avec d’autres luttes.

À côté de l’image spectaculaire des samedis, une grande partie du mouvement s’est jouée dans la vie quotidienne des ronds-points : entraide, discussions, apprentissage politique, mise en commun de compétences et découverte d’un « nous » populaire.

Gilets jaunes constituants et Assemblées des assemblées ⌄

Une tentative d’approfondissement démocratique

Une partie du mouvement a rapidement compris que la question ne se limitait pas à changer une taxe ou obtenir une prime. Elle touchait aussi à la manière dont le peuple décide. C’est dans ce contexte qu’ont émergé les démarches constituantes, le mot d’ordre du RIC, et les Assemblées des assemblées.

La première Assemblée des assemblées se tient près de Commercy fin janvier 2019. Des délégués de groupes locaux venus de toute la France cherchent à articuler démocratie directe, coordination nationale, refus de confiscation par les partis et maintien d’un ancrage populaire.

Cette séquence montre que le mouvement n’était pas seulement protestataire : il contenait aussi une recherche institutionnelle.

Blessés, mutilés, morts, répression ⌄

Un coût humain très lourd

Le mouvement des Gilets jaunes a laissé un bilan humain très lourd. La répression a marqué durablement la mémoire collective du mouvement : blessures, mutilations, interpellations massives, gardes à vue, poursuites judiciaires, condamnations et traumatisme psychique.

Les collectifs de blessés ont insisté sur les éborgnements, les mains arrachées, les fractures, les tirs de LBD et l’usage massif des grenades. La question des mutilés est devenue un point central de la mémoire du mouvement.

  • des milliers de blessés parmi les manifestants et les forces de l’ordre ;
  • des mutilations devenues symboles nationaux ;
  • des collectifs comme Les mutilés pour l’exemple pour documenter les violences ;
  • une bataille de récit sur la légitimité du maintien de l’ordre.
Répression policière : blessures, mutilations, doctrine, contentieux⌄

Une mémoire indissociable du mouvement

L’histoire des Gilets jaunes est inséparable de celle de la répression. La question n’est pas marginale ; elle est centrale. Les images d’éborgnés, de mains arrachées, de visages ensanglantés, d’interpellations massives, de nasses et de charges ont profondément marqué la perception du mouvement en France et à l’étranger.

Ce que montrent les sources institutionnelles et associatives consultées

  • usage contesté du LBD, des grenades de désencerclement et de la grenade GLI-F4 ;
  • interpellations préventives et arrestations de manifestants pacifiques dénoncées par des ONG ;
  • nombre très élevé de blessés documenté par collectifs, associations et reportages ;
  • mise en cause répétée de la doctrine française du maintien de l’ordre par des organismes de défense des droits.

Le Défenseur des droits, Amnesty International, l’ACAT, la CNCDH et de nombreuses associations ont produit des observations, enquêtes ou décisions sur l’usage disproportionné de la force, la fragilité de certaines pratiques de maintien de l’ordre, et les atteintes au droit de manifester pacifiquement.

Quelques villes-symbole dans la mémoire de la répression

  • Paris : nasses, charges, tirs, arrestations de masse, tension permanente autour des grands actes.
  • Bordeaux : un des foyers les plus souvent cités pour la violence des confrontations.
  • Toulouse : centre-ville durablement marqué, nombreux blessés et journalistes touchés selon les témoignages.
  • Lyon : en mars 2020, plusieurs enquêtes locales documentent un bilan humain lourd lors de l’acte 69.
  • Rouen : cas judiciairement documenté de violences policières sur fond d’acte 68.
Pour une partie du pays, les Gilets jaunes ont rouvert une question que beaucoup croyaient périphérique : jusqu’où un État peut-il aller pour faire rentrer dans l’ordre une contestation sociale devenue ingouvernable ?
Médias, cadrage dominant, accusation d’« omerta »⌄

Pourquoi tant de Gilets jaunes ont parlé d’omerta

Le mot « omerta » revient souvent dans les milieux Gilets jaunes, surtout à propos des violences policières, de la sous-visibilisation de certaines revendications et de la réduction télévisuelle du mouvement à des images de casse ou de chaos. Ce terme est militant ; il exprime un vécu de silence, de tri, de cadrage partiel et parfois de mépris. Il faut le comprendre comme un mot de lutte, pas comme un concept neutre.

Les critiques récurrentes formulées par les GJ et les observateurs critiques des médias

  • surreprésentation des violences spectaculaires au détriment des causes sociales profondes ;
  • focalisation sur Paris au détriment de la France des ronds-points ;
  • temps d’antenne limité pour les blessés et mutilés, surtout au début ;
  • relais fréquent des sources policières et gouvernementales comme angle principal ;
  • difficulté des grands médias à prendre au sérieux des formes d’auto-organisation populaires, non syndicales et anti-hiérarchiques.

Des sites de critique des médias ont parlé d’un « voile médiatique » sur les violences policières avant que celles-ci ne percent plus largement. Des revues et analyses critiques ont également souligné la tendance à opposer « bons manifestants » et « casseurs », tout en reléguant au second plan les causes économiques, territoriales et démocratiques du soulèvement.

Pour être juste, il faut aussi rappeler que la couverture médiatique n’a pas été monolithique : une partie de la presse locale, des photojournalistes, des médias indépendants et certains grands journaux ont fini par documenter la profondeur de la colère, les blessures et les fractures démocratiques révélées par le mouvement. Mais la défiance née pendant l’hiver 2018-2019 a laissé une trace durable.

Artistes, chansons, livres, films et mémoire culturelle ⌄

Une bataille du récit et de la mémoire

Le mouvement des Gilets jaunes a produit sa propre culture : chansons de ronds-points, vidéos directes, affiches, slogans, poèmes, journaux improvisés, documentaires, essais, films militants, témoignages et bibliographies entières.

  • Chansons et artistes : Kopp Johnson, créations spontanées, slogans chantés, reprises populaires ;
  • Livres : essais, chroniques, recueils de témoignages, bibliographies universitaires ;
  • Films : J’veux du soleil !, Graines de ronds-points, archives locales et captations militantes ;
  • Mémoire : affiches, vidéos, tracts, productions locales, réseaux sociaux, pages mémorielles.
Les Gilets jaunes sont toujours là⌄

Une présence moins visible, mais une mémoire active

Le cycle des grands samedis de 2018-2020 appartient désormais à l’histoire. Pourtant, dire que les Gilets jaunes auraient « disparu » serait inexact. Ils existent encore sous des formes plus discrètes, plus dispersées, parfois plus locales, parfois plus mémorielles, parfois plus organisées qu’au début.

  • des groupes continuent de se retrouver à Paris certains week-ends ou lors de dates symboliques ;
  • des collectifs régionaux maintiennent des canaux de discussion, d’alerte, de mémoire et de soutien ;
  • les blessés et mutilés ont structuré une mémoire politique puissante ;
  • des sites, pages, chaînes vidéo, syndicats ou collectifs issus du mouvement continuent d’alimenter une veille ;
  • l’imaginaire GJ ressurgit à chaque crise du pouvoir d’achat, des carburants, des retraites, des services publics ou des territoires.

Le mouvement n’a plus l’unité pratique de l’hiver 2018-2019. Il n’a plus non plus la même centralité médiatique. Mais il reste une réserve de colère, de mémoire, d’expérience et de disponibilité. C’est en ce sens que beaucoup disent encore : « on est là ».

Communiqué militant GJ⌄

Texte militant

Malgré la censure, malgré l’omerta d’une partie des grands médias, malgré les coups, malgré les blessures, malgré les procès, nous sommes toujours là.

À Paris, encore aujourd’hui, des Gilets jaunes infatigables continuent de tenir la flamme allumée, week-end après week-end, date après date, rendez-vous après rendez-vous. Ils ne représentent pas à eux seuls tout le mouvement, mais ils prouvent une chose simple : la braise n’est pas morte.

Nous sommes partout sur le territoire. Dans les grandes villes, dans les villes moyennes, dans les périphéries, dans les campagnes, dans les mémoires blessées, dans les colères silencieuses, dans les discussions de cuisine, dans les groupes privés, dans les appels qui circulent bas, dans les regards qui se reconnaissent encore.

Nous veillons. Nous réveillons les gens. Nous parlons, nous discutons, nous comparons, nous apprenons, nous nous organisons sans bruit. Nous n’avons pas oublié les ronds-points, les péages, les cabanes, les samedis sous les gaz, les mutilés, les humiliations, ni cette fraternité populaire que tant de gens croyaient impossible.

Nous savons que ce pays n’a pas réglé ce qui a fait naître les Gilets jaunes : vie chère, injustice fiscale, mépris social, fracture territoriale, démocratie confisquée, services publics qui reculent. Rien de tout cela n’a disparu. Beaucoup s’est même aggravé.

Alors oui, nous attendons la prochaine vague. Mais attendre ne veut pas dire dormir. Attendre veut dire veiller. Attendre veut dire se parler. Attendre veut dire préparer. Attendre veut dire rester debout.

On est là.

Annexe : principales sources et liens à consulter⌄

Institutions, synthèses et rapports

Presse nationale et internationale

Presse locale, indépendante et mémoire des territoires

Critique des médias et débat sur l’« omerta »

Mémoire du mouvement, images, culture, ressources militantes

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